Le disque dur de mon ordinateur a rendu l’Ăąme. Outre ma bibliothĂšque musicale, que je n’avais pas vraiment sauvegardĂ©e depuis un an, je perds aussi la raison. L’incident a eu lieu lundi midi et depuis, j’oscille, perdu, entre rĂ©signation et ennui.
Je ne peux pas travailler sans l’ensemble des programmes que j’utilise au cours de la journĂ©e. Sans parler du reste de la journĂ©e, pour la premiĂšre fois depuis des annĂ©es, je suis obligĂ© de passer du temps loin de l’Ă©cran de mon ordinateur. Oui, j’ai bien conscience du pathĂ©tique de la chose, et je me rends bien compte que je suis quand mĂȘme devant un Ă©cran, puisque j’Ă©cris ces lignes. Mais ce n’est pas mon Ă©cran, c’est comme si on m’avait confiĂ© un nouvel assistant personnel et que je doive prĂ©tendre qu’il est dĂ©jĂ dressĂ©. (Non pas que je sache comment on dresse un assistant personnel, d’ailleurs, dĂ»sse-t-on les dresser). Je ne peux tout simplement pas suivre ma routine, je dois rĂ©flĂ©chir Ă ce que je fais alors que je n’ai plus besoin de le faire avec mon portable, qui n’est plus un portable mais une extension de moi.
Je n’ai pas Ă©crit depuis longtemps ; j’ai l’impression de ne plus savoir Ă©crire. Mon avant-bras droit est douloureux Ă cause de la position du clavier et travailler sous windows sans avoir vraiment quelque chose Ă dire me rappelle mes dĂ©buts de blogueur. Ce qui me ramĂšne Ă l’Ă©criture, qui, comme le muscle dĂ©sormais secouĂ© de spasme de mon avant-bras, doit ĂȘtre exercĂ©e. Je me souviens qu’il faut prendre sa plume et Ă©crire, pour le plaisir des mots, parce les Ă©crits appellent l’Ă©criture. Comme un collĂ©gien qui s’Ă©merveille de la douceur du glissĂ© de sa plume de stylo sur son papier quadrillĂ© sans savoir quoi Ă©crire de plus que son nom pour en profiter, il faut se lancer. Pas de spirales, de fleurs ou de personnages bĂątons pour moi, mais des lignes de petits riens, sans avoir d’illusion qu’elles formeront un grand tout.
Tiens, j’aurai bien fait un rapport de gendarmerie, si je n’avais eu peur de vous lasser :
11h30 : Il fait beau, j’ai un nouveau parfum et c’est ma fĂȘte, je me sens au sommet du monde.
12h00 : Mon ordi ralentit et se bloque. Je tente quelques manips de sauvegarde et doit me rendre Ă l’Ă©vidence : le disque dure agonise.
12h45 : Fin de la crise de panique.
12h46 : Pause déjeuner.
13h30 : Retour de pause dĂ©jeuner. Les pĂątes sautĂ©es chinoises, c’est bon.
14h00 : Intervention de l’IT et diagnostique dĂ©finitif.
14h10 : Je fais de la place et me débarrasse des fichiers inutiles.
14h50 : Je finis d’effacer le dernier fichier porno.
15h00 : MĂȘme avec 30Go de libre en plus, cette andouille de disque refuse de me laisser copier mes derniers tĂ©lĂ©ch… « achats » depuis ma bibliothĂšque iTunes.
15h01 : Me dis que si j’avais acheter mes « achats », j’aurai pu les tĂ©lĂ©charger de nouveau.
15h02 : Me rends compte que je viens d’effacer le dernier Tim Kruger, que je n’avais pas encore visionnĂ©.
15h03 : Pleure.
15h20 : Je fais un point avec l’IT qui me conseille un nouveau DD et me dĂ©gotte un plan pas cher.
15h50 : J’ai le temps de pleurer sur les Ă©paules mon boss qui me tĂ©lĂ©phone pour avoir des nouvelles.
16h30 : Je file rue Montgallet.
17h10 : Une vendeuse asiatique compatissante me tends mon nouveau disque dur.
17h11 : Je le laisse tomber. Nan, j’dĂ©conne.
17h30 : Je retrouve Nico qui est dans le coin. Il a l’air vaguement inquiet Ă l’idĂ©e de me savoir privĂ© de mon ordi.
17h45 : Je raid une boulangerie et étouffe ma frustration avec des pùtisseries pur beurre.
18h00 : Nom nom nom nom.
18h10 : Nico préfÚre rentrer chez lui que de me supporter dans cet état.
18h45 : En bas de chez moi, je panique Ă l’idĂ©e de n’avoir rien Ă lire et achĂšte pour 30 euros de magazine, dont Psychologie Magazine, juste parce que sur la couverture s’affiche la question : « Pourquoi avons-nous peur de devenir SDF ? », ce qui est, genre, ma plus grosse peur aprĂšs subir une panne de disque dur.
19h18 : Psychologie Magazine m’apprends que je suis fou.
19h20 : Je dors, fracassĂ© par tant d’Ă©motions.
19h45 : Je découvre le message de D., avec qui je dois dßner, qui attends que je le rappelle pour avoir mon adresse. Depuis 19h00.
19h50 : Je parviens Ă envoyer un texto Ă David, aprĂšs trois appels infructueux, merci Orange, merci l’iPhone.
19h51 : Je manque de fracasser mon iPhone pour lui apprendre Ă ne pas passer mes appels mais me souviens de justesse que c’est mon dernier lien avec internet.
19h52 : J’embrasse mon iPhone en le priant de m’excuser.
20h00 : Cuisine.
20h15 : DĂźner et discussion sympa, mĂȘme si D. a l’air vaguement angoissĂ© par mon comportement.
22h00 : D. rentre chez lui et me demande; l’air concernĂ©, que je vais faire sans mon ordi du reste de la soirĂ©e. Je le rassure en rigolant, je vais me coucher tĂŽt, pour une fois.
22h10 : Je ne sais pas quoi faire du reste de ma soirée sans ordinateur.
22h11 : Je dĂ©cide d’allumer quand mĂȘme mon portable agonisant.
01h37 : AprĂšs des heures de tentatives infructueuses, je rĂ©ussis Ă sauver une photo de mon neveu et un screenshot pourri d’un paladin de WoW. De guerre lasse, j’Ă©teins mon ordi et tombe dans un sommeil sans rĂȘve.
Je vous Ă©pargne la journĂ©e de mardi, qui a principalement consistĂ© en moi essayant de pas aller faire chier l’IT toutes les deux minutes pour savoir oĂč en Ă©tait l’intervention sur mon portable. Hey, j’ai moins mal au bras, les crampes sont parties en Ă©crivant.
19h00 (mardi) : J’ai rĂ©cupĂ©rĂ© mon bĂ©bĂ©, mon kiki. Je peux de nouveau ignorer les ĂȘtres vivants.